RETRAITES: Quand toute la société dit non

Publié le par Delanoe 74

Manif du 12 octobre: la mobilisation toujours plus forte ! 

 

Les jeunes aussi… C'est le fait nouveau de ces derniers jours, et il peut avoir des conséquences considérables. Le gouvernement ne cache d'ailleurs pas sa peur, et il multiplie les mises en garde , aux parents, aux professeurs, aux organisations syndicales. Mais ce qu'il ne s'obstine à nier, c'est la volonté, la détermination, l'angoisse et la colère, des jeunes eux-mêmes.

Au début d'une semaine importante pour l'avenir et la cohésion de la société française, je ferai, à ce sujet, trois observations.

 

- Les jeunes sont directement concernés par le débat actuel. C'est aussi leur affaire, et il y a une grande inconséquence dans l'attitude d'un gouvernement qui conteste, en substance, la légitimité même de leur engagement dans ce mouvement. Au nom de quoi veut-on interdire à toute une génération de s'inquiéter pour son avenir et pour celui de la société dans laquelle elle vivra ?

 

- Le gouvernement ne veut toujours pas mesurer à quel point il peut-être parfois dur d'avoir 20 ans en 2010. En présentant sa réforme, il a joué, avec un certain cynisme, sur l'opposition entre les classes d'âge. Et, dans le vocabulaire sécuritaire très en vogue, les jeunes sont constamment assimilés à des délinquants en puissance. Pendant ce temps, on s'obstine à oublier quelques réalités : le taux de pauvreté est supérieur de 50% chez les 18-25 ans à ce qu'il est dans le reste de la population. Le taux de chômage est deux fois plus élevé. Près des deux tiers des diplômés de l'an dernier n'ont pas trouvé de travail. Et parmi ceux qui en ont trouvé, combien de contrats précaires et de temps partiel subi… Il faudra trouver une place pour les jeunes, de façon à ne pas leur laisser comme seule alternative l'exclusion ou la révolte. Si cette semaine de mobilisation pouvait être l'occasion d'entendre cette angoisse, et de tenter d'y répondre, ce ne serait pas la moindre de ses vertus.

 

- La colère de la jeunesse n'est pas dissociable de celle de l'ensemble de la société. Et c'est peut-être l'aspect le plus remarquable du mouvement actuel : cette cohésion, cette solidarité de la société française dans l'épreuve. A de nombreuses reprises, ici même, j'ai évoqué le besoin vital d'unité de notre peuple, face à un pouvoir qui morcelle la France et qui joue sur les antagonismes entre les générations, entre les communautés, entre les classes sociales. Eh bien, cette unité que le sommet de l'Etat s'ingénie à briser est en train de se reconstituer dans la rue… Salariés du privé et du public, jeunes et moins jeunes, Parisiens et Provinciaux, de toutes origines, de toutes convictions : tous se rassemblent, animés de la même indignation et de la même espérance. La société se cloisonne quand elle subit. Dans l'action, elle retrouve son unité.

 

Bertrand Delanoë

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