Quand la justice sociale bat en retraite

Publié le par Delanoe 74

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 Nous publions ci-dessous la réaction de Bertrand DELANOE au plan retraite du Gouvernement 

 

Le plan retraites du gouvernement ne répond ni aux enjeux, ni aux attentes. En Allemagne ou en Suède, on a bien vu ce que signifiait la recherche d'un compromis autour d'une réforme qui engage tout un peuple et qui nécessité d'y investir du temps. Mais en France, le débat a été bâclé, les organisations syndicales peu respectées, et notre société privée du vaste débat auquel elle avait droit.

 

Sur le fond, trois constats :

 

– Le report de l'âge légal à 62 ans est confirmé. Qu'on le veuille ou non, ce sont bien les plus modestes, les carrières longues et souvent âpres, qui supportent donc l'essentiel du plan annoncé. A l'heure où 60% des actifs âgés de 55 ans et plus n'ont pas d'emploi, ce relèvement de l'âge légal abaissera mécaniquement leur niveau de retraites. Et ce ne sont pas les mesurettes évoquées aujourd'hui qui changeront quoi que ce soit. Rien sur la formation des personnes, nulle trace d'un « bonus malus » qui favoriserait le maintien des plus de 50 ans dans l'entreprise. Le gouvernement néglige un aspect pourtant central de cette réforme.

 

– La question majeure de la pénibilité le conduit par ailleurs à exiger de chaque salarié qu'il démontre la réalité des souffrances physiques accumulées au fil du temps. Après avoir enduré la charge du travail, il faudra donc supporter la charge de la preuve. Les procédures souvent interminables dans le dossier de l'amiante montrent pourtant que chez des personnes usées, modestes, pas toujours armées face à ce type de contrainte juridique, cette solution sera très difficile à appliquer. Mais d'évidence, le gouvernement assume lui-même une démarche largement symbolique, confirmant que seules 10 000 personnes seraient concernées chaque année, soit un peu plus de 1% de celles qui quittent le marché de l'emploi. Dérisoire.

 

– Mais l'injustice atteint un sommet avec le mode de financement retenu : en puisant allègrement dans le Fonds de réserve pour les retraites, le gouvernement transforme en tirelire l'épargne des salariés. Créé à l'origine par Lionel Jospin, ce Fonds n'a jamais été alimenté par le pouvoir actuel, prompt à exploiter ce qu'il n'a pas su créer. A l'inverse, il aurait fallu l'abonder dans la perspective du pic démographique de 2018-2020. Mais là encore, la droite pare au plus pressé. En veillant toutefois à ne pas trop pénaliser sa clientèle électorale : on notera une équivalence proprement indigne – autour de 4 milliards d'euros – entre les économies prévues dans la fonction publique et les recettes attendues d'une contribution des plus aisés et des revenus du capital. Le gouvernement a beaucoup parlé « d'équité ». Dans les faits, il la piétine.

 

Plan inadapté donc, injuste et inefficace. Car on est bien loin des 45 milliards d'euros de besoins de financement, identifiés récemment par le Conseil d'Orientation des Retraites, d'ici 2025. Preuve ultime que le pouvoir a tout simplement très mal travaillé.

 

Bertrand Delanoë

 

 

 


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