Quand la Chine devient notre problème

Publié le par Delanoe 74

ChineINTERVIEW ANTOINE BRUNET 

-Les Echos du 22/12/2010

 

On accuse souvent la Chine d’être responsable du déclin de l’Europe. Quelle est l’ampleur de cette responsabilité?
Elle est majeure, et c’est une responsabilité dans le déclin du monde occidental dans son ensemble – Europe, Etats-Unis et Japon– qui date de 2001, lorsque la Chine entre à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). A partir de là, le commerce extérieur des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de l’Europe du Sud (France et Belgique comprises se creuse à grande vitesse et met en péril la croissance de ces pays. Tout cela découle de l’avantage de change éhonté de la Chine, qui asphyxie les pays occidentaux par le commerce extérieur déficitaire. Un avantage qui les crucifie économiquement, en tuant la dynamique de croissance année après année. L’euro est à 8,60 yuans (devise chinoise)alors qu’il devrait être à 4,10, à en croire les chiffres du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de l’ONU. Cesorganisations utilisent une parité de pouvoir d’achat dollar-yuan de 3,40alors que la Chine s’entête à maintenir 6,65.

 

N’y a-t-il pas plus de différences au sein du monde occidental?
Tout le monde est dans la même galère. Sauf que, pour l’Europe, la responsabilité chinoise se traduit par la crise de la zone euro avec un différentiel de conjoncture entre l’Allemagne– quibénéficie d’unexcédent extérieur renforcé– et l’Europe du Sud – qui subit avec la Chine un déficit extérieur accentué. 

 

Vous imputez la crise de la zone euro à la Chine…

Oui,la crise de 2007 vient de la Chine et la crise actuelle aussi. Quand le président chinois HuJin tao, et le Premier ministre, Wen Jiabao affirment qu’ils soutiennent l’euro,j’ai envie de leur dire : si vous voulez soutenir l’euro, laissez
le yuan se réévaluer! Lameilleure façon d’aider la zone euro, c’est de réévaluer le yuan. C’est bien joli de se présenter en sauveurs de la zone euro, alors que c’est leur politique de change qui porte atteinte à l’Europe. La Franceet l’Allemagne n’ont pas la capacité financière de porter indéfiniment à bout de bras les sauvetages irlandais, portugais,
grec et espagnol. En raison du manque de croissance de la zone euro qui tient à son déficit extérieur répété avec la Chine.

 

La Chine est donc le grand méchant loup…

Elle ne cherchepaslaprospérité des pays occidentaux. Elle veut devenir la première puissance mondiale et n’aide ni les Etats-Unis ni la zone euro. Et considère plutôt que sa montée en puissance passe par l’affaiblissement de ses
concurrents.

 

Quels secteurs de l’industrie européenne ont été les plus touchés par l’avancée chinoise?

Toute l’industrie manufacturière! D’abord, les secteurs de la chaussure, de l’habillement, du jouet.
Puis la téléphonie et l’informatique. Et, aujourd’hui, les pièces automobiles, l’aviation, les panneaux solaires, les éoliennes,etc.  «La Chine ne cherche pas la prospérité des pays occidentaux et considère que sa montée en puissance passe par l’affaiblissement de ses concurrents.»

Tous les pays européens ne sont toutefois pas logés à la même enseigne… L’Allemagne est très bien placée
sur les exportations de biens d’équipement vers la Chine. Elle tire bien son épingle du jeu et c’est d’ailleurs un facteur de tension au sein de la zone euro. Mais, à terme, la Chine sera aussi présente sur ce marché. Beaucoup de PME allemandes sont par ailleurs rachetées par des fonds de «privateequity» pour des fonds chinois. C’est donc aussi le début de la fin pour l’Allemagne…

PROPOS RECUEILLIS PAR  MARIE-CHRISTINE CORBIER



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